• Capucine

AFFAIRE GREGORY VILLEMIN ET ESTELLE MOUZIN


Et si 2021 était l'année du dénouement de ces deux affaires ? IMAGE : AFP/BESTIMAGE


Alors que la grande majorité d'entre nous se passionne pour les faits divers de plus en plus nombreux et de plus en plus exposés médiatiquement, certains tiennent en haleine une France qui retient son souffle depuis de nombreuses années, au gré des rebondissements de ces célèbres cold case.

Et 2021 pourrait bien marquer la fin de nombreuses années d'angoisse pour deux d'entre elles, et non des moins célèbres : l'affaire Grégory Villemin, affectueusement appelée l'affaire du petit Grégory, tellement les français se sont pris d'affection pour ce petit garçon de 4 ans, dont il y a 37 ans, la photo de son petit corps tenu à bout de bras par un pompier qui venait de le sortir sans vie des eaux glacées de la Vologne, tournait en boucle dans toutes les rédactions, dans tous nos journaux, glaçant d'effroi tout un pays et laissant place aujourd'hui à autant de questions que d'incompréhension.

37 ans d'investigations, d'auditions, de gardes à vue, de vices de procédure, avaient éparpillé un dossier sans que jamais les enquêteurs ne baissent les bras. Et c'est sans compter sur le grand progrès de la technologie scientifique, notamment les recherches ADN, balbutiantes voire inexistantes en 1984, qui va relancer à de nombreuses reprises cette incroyable affaire, avec les éléments qui restent à disposition des enquêteurs.

Près de 40 ans après ce drame, plusieurs investigations ont été demandées, notamment des expertises en écritures afin de retrouver l'auteur(e) des lettres anonymes envoyées à l'époque.

La grand-tante de Grégory incriminée

Et en ce printemps 2021, les résultats d'une nouvelle expertise en stylométrie incriminent avec « une forte probabilité » Jacqueline Jacob, la grand- tante de l’enfant, déjà entendue par la police par ailleurs, même si cet examen porte encore à débats chez certains experts. Selon l'entreprise qui a dirigée cette recherche, elle ne serait pas la seule puisque 5 corbeaux ont pu être identifiés, ce qui oriente bien évidemment ce meurtre vers la piste d'un homicide collectif. De quoi rajouter à l'ignominie de ce crime, qui n'a pas fait qu'une victime. En effet, accusé à l'époque d'être l'auteur de l'enlèvement du petit Grégory, son oncle, Bernard Laroche, sera assassiné par le père du petit garçon, fou de douleur de l'avoir vu ressortir de prison sous l'oeil des caméras. N'ayant pas eu de procès, il meurt innocent. En dehors des vies fichues, des parents, des proches de la petite victime qui ont connu l'horreur, comme Christine Villemin, qui sera un temps soupçonnée du meurtre de son fils, incarcérée, enceinte, puis relâchée, une autre personne a perdu la vie, longtemps après, mais abîmée par cette affaire, l'affaire sûrement d'une vie : le Juge Lambert. Surnommé le petit juge à l'époque des faits, ce jeune magistrat à l'époque se donnera la mort en juillet 2017. Même si les causes de son acte restent intimes, il s'était confié sur la forme d'acharnement à son endroit incriminant sa façon d'avoir mené l'enquête du meurtre des Vosges.

Une affaire qui a semé le malheur et continue, 37 ans plus tard, à éveiller toutes les attentions, toutes les questions, toutes les attentes, qui pourraient, avec les nouveaux moyens d'investigation, trouver bientôt un point final à ce cold case aussi effrayant que mystérieux.

Estelle Mouzin introuvable et mort de Michel Fourniret



IMAGE AFP/POLICE

Mais ce n'est pas le seul, à être resté inexpliqué et encore sur toutes les lèvres.

9 janvier 2003, Guermantes, commune de Seine et Marne. Dans le décroissement du jour et sous un épais manteau blanc, une petite fille sort de l'école. Elle n'arrivera jamais chez elle.

Et la France entière, découvre cette jolie petite fille au pull over rouge : Estelle Mouzin.

Un cold case qui là encore, va mobiliser tout un pays, car à l'inverse du petit Grégory, Estelle n'a jamais été retrouvée.

De placard de photos dans toutes les villes en morphing vieillissant s'égrainant au fil des années, toutes les considérations ont été permises, Estelle étant régulièrement aperçue, même à l'étranger. De fouilles, en battues citoyennes, d'appel à témoins en traque sur le net, un incroyable élan populaire s'est là aussi organisé afin de retrouver Estelle.

Mais où est elle ? Disparue sur quelques centaines de mètres, comme avalée par le néant...aucune trace, aucun indice, pas un début de preuve...

De fausses pistes en nouveaux juges, l'affaire aura traîné jusqu'en 2020, mais grâce à la pugnacité des avocats du père de la petite fille, maîtres Didier Seban et Corinne Herrmann, la nouvelle Juge Sabine Khéris et bien sur un papa qui n'a jamais lâché, l'affaire connaît un retentissement incroyable : les aveux de l'ex femme d'un des pires tueurs en série français connu à ce jour : Michel Fourniret.

L'ogre des Ardennes serait il donc l'auteur de la disparition de la petite Estelle Mouzin ? C'est en tout cas ce qu'affirme son ex complice et compagne, à renfort de détails et même en indiquant un lieu où pourrait reposer le corps de la petite fille.

Une révélation qui fait froid dans le dos, puisqu'il y a plusieurs années, les avocats d'Eric Mouzin avait déjà soupçonné Michel Fourniret de ne pas être étranger à cette disparition. Hypothèse écartée, grâce à un alibi de ce dernier, un appel passé à son fils au moment des faits. Alibi qui sera détruit très récemment par la même Monique Olivier, qui révélera être l'auteure de cet appel.

Une affaire fleuve, qui conduira Eric Mouzin à « attaquer l'état pour faute lourde » en janvier 2018, des pièces n'ayant pas été analysées, des personnes suspectes jamais entendues...

Et c'est au terme d'investigations poussées que la juge Khéris mettra formellement Michel Fourniret en examen pour « enlèvement et séquestration suivis de mort » le 21 novembre 2019, son ex compagne ayant coopéré et fourni des éléments essentiels.

Tellement essentiels, qu'ils conduiront à retrouver des traces d'ADN de la petite fille sur un matelas, dans une maison de Michel Fourniret, après que Monique Olivier ait confiée à la juge qu'Estelle fut emmenée dans les Ardennes, à Villes-sur-Lumes.

En avril 2021, la complice de Michel Fourniret reconnaît son implication dans la séquestration de la petite fille, affirmant même qu'elle était toujours vivante en arrivant dans les Ardennes. Dans la foulée, elle indiquera aux enquêteurs un lieu, fouillé jusqu’à fin avril, afin de retrouver enfin la petite Estelle.

A ce jour, les investigations n’ont rien donné et un nouveau retentissement de taille est survenu le 10 mai 2021 : la mort de Michel Fourniret, qui part en laissant les familles sans explications, sans indications, jouant ainsi sa dernière partie d’échec, comme il l’a toujours fait, prenant toujours plaisir à rester le maître du jeu.


Deux affaires qui connaissent donc un tournant majeur et qui pourraient enfin trouver leur conclusion cette année, laissant ainsi une perspective ouverte à la résolution d'autres cas bien connus de nous tous et qui restent encore sans réponse : la disparition de la petite Marion Wagon en novembre 1996 et bien sur l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès, qui 10 ans après la commission des faits reste un des épais mystères des affaires judiciaires de notre pays.


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